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Deauville, l’été…

23 Août

« L’été, les cons sont à Deauville ». C’est pas moi qui le dis, c’est Audiard! Et à en juger par le spectre de la canicule qui a récemment étendu son manteau sur le Sud de la France, l’été est bien là.

Ça tombe bien, car j’aime regarder les filles qui marchent sur le boulevard. On dirait qu’elles avancent au ralenti en murmurant : « Hey, what did you expect? ». Tout exprès pour qu’on prenne conscience chaque année que la femme aussi est dotée d’une paire de jambe.

C’est l’été donc et quoiqu’en pensent certains, en Normandie aussi, il y a une saison chaude. Ce qui est un peu triste car cette douce période est généralement assortie de l’arrivée de vacanciers capitaux avec leur bolide qui rutile, leurs cheveux qui gominent et leur blonde qui rumine. Et moi, me direz-vous! Ne suis-je pas moi aussi un congé-payiste débarquant en mocassins au beau milieu des champs de pommiers et des vaches impassibles? Si! Mais d’abord elle n’est pas blonde ma vache et d’autre part je vous trouve très vache pour une blonde…

Quoiqu’il en soit, cette belle région a déjà eu tout le loisir de se préparer au débarquement de crétins flamboyants en accueillant dès le mois de mai  les sommités de ce triste monde.

Deau-ville martyre de 2011.

Mai. G8. Des hordes de policiers, CRS, gendarmes et agents de sécurité obscurs envahissent la station balnéaire pour la mettre en quarantaine.

Juin. Commémoration du débarquement de Normandie. On revit le Débile Day. Encore une invasion de faux soldats qui n’étaient même pas nés en 44, d’anciens combattants grabataires et de fiers à jeep américaines déguisés pour l’occasion.

Juillet. Les grandes vacances. Alors là c’est la grande foire d’empoigne sur la plage : on plante les parasols, on sort les glacières, on étale les serviettes et on délimite le territoire en pissant tout autour… Tout ce petit monde déferle sur la station balnéaire pour la mettre sans dessus-dessous.

Août. La Coupe d’Or – Deauville – Lucien Barrière – Polo Cup. Chic! Les boîtes de nuit se remplissent de footballeurs équestres qui peinent à atteindre le comptoir, l’hippodrome se remplit de gens beaux et cons à la fois, commentant les matchs de polo sans rien comprendre de ce qui se passe. Les sponsors champenois et Lucien Barrière gratulent quelque argentin. Finalement, le polo ce n’est rien d’autre que le football du riche : on tape dans la baballe pour la faire passer entre deux poteaux, mais à dos de canasson. C’ets tellement plus sympa.

Septembre. Festival du film américain. C’est comme Cannes mais en plus petit. Pas en moins bien, parce qu’il n’y a que des américains.La Classe! Des photographes, des stars, des paillettes, des badauds et du champagne (encore!) occupent une dernière fois les planches de la station balnéaire pour la jeter à la casse juste après.

Il faut attendre les pluies d’octobre pour goûter aux vrais plaisirs de Deauville. Comme un bouquet fané, elle se flétrit, perd ses couleurs et part à la dérive. On irait presque qu’elle n’existe plus… Mais c’est à se moment  qu’elle se transforme en pot pourri, exhaltant de ses parfums usés les couleurs automnales. Les vaches sont toujours là, les Deauvillais aussi. Mais les vrais, ceux de Verneuil. Ceux qui voyagent, qui débarquent et qui envahissent mais… autrement!

Les vrais singes sont là l’été. Le singe en hiver, lui, il faut le mériter!

 

Chronique lue pour le casting Chroniqueur d’été sur Europe 1… Sans succès!

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Les malheurs de la zapette.

26 Juil

Ô folie! Ô Idée saugrenue! N’ai-je tant point vécu que pour cette dépression?

Dépression, oui, le terme n’est pas trop fort. Je m’explique.

Voilà que dimanche dernier, un de ces dimanches pluvieux du mois de Juillet où seul le chat, cet égoïste, semble se contenter de l’immobilité du monde, du rien au dehors et de la froideur de mon coeur. Dimanche donc je décide d’égayer mon après-midi en visionnant quelques extraits du Zapping, émission culte de Canal +.

Épris de nostalgie, reclus dans mon appartement et injustement ignoré par mon chat – celui-ci préférant s’intéresser à ses moustaches plutôt qu’aux miennes, le Zapping m’est apparu comme le chevalier blanc de ma journée noire.

Erreur fatale.

Le seul résumé de la semaine passée a suffit à transformer mon chat en bête hideuse et maigre à trois pattes, la pluie ruisselante en cendres amères et les nuages gris en une chape de plomb, toit de la prison de mon moral.

Je me suis senti soudainement détaché du monde, comme posé, là, hermétique et hébété devant tant de maboulisme et d’incohérence.

Ce choc, dû au décalage entre l’attente – faite d’humour, d’images insolites, de rire et de détente -, et le résultat – alternance entre des déclarations politiques basses et dangereuses, de villes bombardées, d’enfants horribles de famine pleurer dans les bras de mères impassibles et des extraits de jeux TF1 où chacun aime à se ridiculiser, animateur et candidat confondu -, m’a plongé dans une perplexité sans nom.

Il faut voir le parallèle établit entre notre monde et l’autre monde. Entre la médiocrité la plus translucide et la gravité la plus sombre. Le seul point commun que l’on puisse trouver est la dimension temporelle : tout se passe au même moment, i.e. maintenant. Ce qui rajoute à la violence de l’émission.

Entendons-nous bien, Lagaf, la guerre, ce n’est pas le sujet qui choque. Il serait d’ailleurs bien difficile de dire qui des deux est le plus rebutant. Non, c’est le mélange des deux. Une fois ingurgité, il vous fait immédiatement voir le monde dans son ensemble derrière une vitrine. Et voir Lagaf dans Saga Africa derrière un nuage de fumées et de balles dans une rue de Damas, c’est étrange à vous donner envie de retourner subitement téter le sein de votre mère, croyez-moi.

Mais là où le créateur du Zapping est un maître, c’est que cette sensation étrange est addictive comme une côte de boeuf au feu de bois massérée dans du calva. J’ai besoin de ma dose de Zapping, de me détacher, de me prendre ma déflagration quotidienne dans l’iris. Ça fait mal mais c’est bon. Terriblement bon.

Je sais dès à présent que je suis foutu le reste de ma vie, le temps que cette émission existe, mais franchement je préfère pleurer de dégoût que de simuler un orgasme en plastique devant la beauté du monde…

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